Interview : Le DG Eric Boumah partage sa vision d'une administration fiscale plus transparente au Gabon
Description
LIBREVILLE, GABON- Dans
une récente interview accordée à notre rédaction, Eric Boumah, le Directeur
Général des Impôts, a partagé sa vision d'une administration fiscale plus
transparente au Gabon. Il a souligné l'importance d'instaurer un climat de
confiance entre les contribuables et l'administration, en mettant en avant des
mesures concrètes pour renforcer la transparence des processus fiscaux. Sous sa
direction, il s'engage à intensifier la lutte contre la fraude fiscale, en
adoptant des stratégies innovantes et en améliorant les outils de contrôle.
Boumah aspire à créer un système fiscal plus équitable, où chaque citoyen
contribue de manière juste et proportionnelle, tout en garantissant que les
ressources collectées soient utilisées de manière efficace pour le développement
du pays. Interview.
La Rédaction : Pouvez-vous expliquer votre
vision pour une administration fiscale plus transparente au Gabon ? Quels sont
les premiers pas que vous envisagez pour y parvenir ?
M. Eric Boumah : La vision pour une
administration fiscale plus transparente au Gabon se traduit par la capacité
d’atteindre un équilibre entre l'efficacité dans la mobilisation des recettes
et la fourniture de services de qualité aux contribuables, en s'appuyant sur
des principes de transparence, de redevabilité et de participation publique.
Pour y parvenir, nous envisageons de mener des
actions concrètes comme la transformation numérique pour simplifier les
procédures, l'accès public aux informations sur les politiques fiscales et les
calculs d'impôts, la poursuite de la publication des rapports d’activité sur le
site internet de la DGI ainsi que des mécanismes de consultation des contribuables
et de la société civile.
L'objectif ultime est de renforcer la confiance
du public et de garantir une utilisation équitable et efficace des ressources publiques
pour le bien de tous.
Quelles mesures spécifiques comptez-vous mettre
en place pour moderniser les systèmes de collecte et de gestion des recettes
d’ici 2026 ?
Pour moderniser la collecte et la gestion des
recettes, les mesures prises incluent la digitalisation des paiements pour
limiter la circulation de l'argent liquide et renforcer la traçabilité, le
renforcement des contrôles et audits pour lutter contre la fraude, et le
soutien à l'activité économique locale via l'implantation d'entreprises et le
soutien aux commerçants.
S’agissant par exemple de la digitalisation de
la gestion, nous allons procéder :
• A
la digitalisation des paiements en favorisant les paiements électroniques pour
une meilleure traçabilité des recettes et des dépenses. D’où l’utilisation
généralisée de télédéclaration et de télépaiement aux petites entreprises
(DIGITAX).
• A
la généralisation des paiements mobiles à tous les contribuables en vue de leur
offrir plusieurs canaux pour s’acquitter de leurs obligations déclaratives et
de paiement.
• A
l’intensification des campagnes d’adhésion sur le terrain pour les systèmes de
téléprocédures et de paiements mobiles.
• A
l’application des sanctions fiscales prévues par le Code Général des Impôts en
cas de non-respect de l’obligation d’utilisation des téléprocédures.
• A
la sécurisation des transactions pour s'assurer que les recettes sont perçues
uniquement via les canaux légaux, comme le compte du trésor.
• Au
renforcement des contrôles en mettant en œuvre des audits internes et externes
plus rigoureux pour lutter contre la corruption et la fraude.
Comment envisagez-vous d’impliquer les
entreprises et les citoyens dans le processus de réforme fiscale afin d’améliorer
le climat des affaires ?
L'implication des entreprises et des citoyens
dans la réforme fiscale, contribue effectivement à l’amélioration du climat des
affaires. Sachant que les impôts sont du domaine de la loi, les citoyens à
travers le Parlement participent dans une certaine mesure à l’élaboration de la
norme fiscale car les réformes fiscales initiées par l’administration fiscale
sont soumises à l’examen et au vote du Parlement (Assemblée Nationale et
Sénat).
En sus, nous pensons qu’il est crucial de
favoriser la communication et le dialogue constant avec le secteur privé, en
les impliquant dans la conception des réformes pour s'assurer qu'elles soient
pertinentes et efficaces.
Par ailleurs, nous allons procéder à la
simplification des procédures administratives et fiscales (télédéclaration, fusion
des formulaires), pour réduire les coûts et le temps de gestion pour les
entreprises. Enfin, assurer la transparence, la bonne gouvernance et une
application équitable des règles fiscales est indispensable pour renforcer la
confiance des contribuables et des investisseurs.
Les actions clés envisagées sont notamment :
• Organiser
des forums de vulgarisation sur les nouvelles réformes fiscales.
• Maintenir
le dialogue constant avec le secteur privé, car les entreprises sont les mieux
placées pour identifier les problèmes.
• Organiser
des consultations pour recueillir les avis et besoins des entreprises et des
citoyens avant et pendant les réformes.
• Communiquer
de manière transparente sur les objectifs, les étapes et les bénéfices attendus
des réformes.
• Réduire
la charge administrative en simplifiant les formulaires et en fusionnant les
obligations déclaratives.
• Digitaliser
les processus, notamment via la télédéclaration et le télépaiement, pour
améliorer la transparence et gagner du temps.
• Garantir
une application transparente et équitable des règles fiscales.
• Lutter
contre la fraude fiscale pour créer un système plus juste, qui encourage le
respect des obligations de chacun.
La lutte contre la fraude fiscale est essentielle pour augmenter les recettes internes. Quels sont vos plans pour renforcer la détection et la prévention de la fraude ?
Pour renforcer la détection et la prévention de
la fraude fiscale, nous allons réaliser les diligences ci-après :
- Opérationnaliser
le système de facture électronique de TVA en vue de lutter contre la fraude
fiscale en la matière.
- Instaurer
une attestation fiscale au cordon douanier dans le but de fiscaliser les
importateurs et exportateurs défaillants et les activités informelles.
- Instituer
le visa fiscal ou expert-comptable pour la validation des états financiers
avant leur dépôt à l’administration fiscale en vue de lutter contre la fraude
fiscale.
- Établir
des collaborations entre entités administratives en vue de verrouiller les
passerelles à partir desquelles certains contribuables échappent à
l’administration fiscale.
- Procéder
à l’interopérabilité des systèmes d’information des Impôts et de la Douane.
- Améliorer
les outils de contrôle grâce à l'analyse de données.
- Renforcer
la législation et les sanctions, simplifier les procédures fiscales pour les
contribuables de bonne foi, et mieux informer et former les différents acteurs.
Des mesures comme le croisement de données et les alertes en temps réel nous
permettront également de cibler les contrôles et de dissuader les fraudeurs.
La lutte contre la fraude fiscale s'appuie
également sur des outils internationaux tels que la coopération renforcée entre
administrations fiscales et l'échange d'informations. En ce sens, la DGI
participe activement aux travaux menés par l’OCDE (Forum mondial sur la
transparence et l’échange de renseignements, le Cadre inclusif sur le BEPS),
l’ATAF et les autres organismes internationaux en charge des questions fiscales
dont le Gabon est membre.
En matière de technologie, quelles innovations
comptez-vous introduire pour rendre l’administration fiscale plus efficace et
accessible ?
En terme d’efficacité et d’accessibilité, il est
nécessaire pour une administration fiscale qui se veut moderne d’utiliser les
innovations technologiques telles que l'Intelligence Artificielle (IA) pour
l'analyse des données, l'automatisation des tâches et l'aide à la décision,
l'intégration de systèmes de facturation électronique, le recours aux identités
numériques pour sécuriser l'identification des contribuables et l'expansion des
portails en ligne pour les déclarations et les paiements. Certaines de ces
mesures sont déjà effectives au sein de notre administration et d’autres telles
que la facture électronique normalisée sont en cours de réalisation.
Quelles stratégies pensez-vous adopter pour
sensibiliser le public sur l’importance du paiement des impôts et augmenter le
taux de conformité fiscale ?
Il y’a beaucoup à dire sur la question car elle
nous ramène à la notion de civisme fiscal. J’aimerai d’entrer de jeu dire ici
que le Ministre d’Etat, Ministre de l’Economie, des Finances… a fait du civisme
fiscal son cheval de bataille. Aussi, a-t-il décliné sa vision et les actions
qui doivent être menées dans ce sens.
Pour sensibiliser le public à l'importance du
paiement des impôts et augmenter le taux de conformité fiscale, la DGI a adopté
des stratégies axées sur la communication, l'éducation, l'incitation et la
simplification. Il est crucial de souligner le rôle social des impôts, de
proposer des formations adaptées, d'utiliser des campagnes de sensibilisation
percutantes et de simplifier les procédures administratives.
Des campagnes de sensibilisation vont être
lancées à travers une communication visuelle et percutante via les médias
traditionnels et les réseaux sociaux pour expliquer les conséquences positives
de la conformité fiscale. Ainsi, le plan d’actions sur le civisme fiscal qui a
été élaboré par nos services sera mis en œuvre dans les semaines qui suivent.
Comment comptez-vous évaluer et mesurer la
performance des réformes fiscales que vous allez mettre en place ?
En règle générale l’évaluation de la performance
des réformes fiscales se base sur des indicateurs clés comme le taux
d'imposition effectif, les retours sur investissement, le chiffre d'affaires,
le coût d'acquisition des clients, ainsi que des modèles de micro simulation
pour analyser les effets sur les ménages, en particulier les plus vulnérables.
Nous allons donc utiliser tous ces indicateurs
en combinant des analyses quantitatives (chiffre d'affaires, recettes fiscales,
taux d'imposition effectif) et qualitatives (satisfaction des citoyens, impact
social et équité).
La formation des agents de l’administration
fiscale est cruciale pour la réussite de ces réformes. Quelles actions
envisagez-vous pour renforcer leurs compétences ?
Je voudrais commencer mon propos sur cette
question en précisant que nous avons une « Cellule formation » logée à la DRHM.
Ainsi, nous avons pour renforcer les compétences des agents de la DGI, mis en
place des formations continues ciblées soient en interne soit en externe et
même hors du Gabon. Ceci dans le but de favoriser le partage de connaissances
entre experts et administrations, et moderniser les outils et l'organisation du
travail. Le développement des compétences a consisté aussi à s'adapter aux
nouvelles technologies et aux évolutions légales. En ce sens, tous les agents
ont été formés à l’utilisation de DIGITAX et ont régulièrement pris part au
séminaire sur l’actualité fiscale. De même ceux affectés dans les services de
contrôle ont reçu des formations sur les prix de transfert, les industries
extractives ou l’échange de renseignements à des fins fiscales.
En matière de transparence comment prévoyez-vous
de communiquer sur les résultats de l’administration fiscale afin de renforcer
la confiance du public ?
Outre les canaux de communication traditionnels
à savoir les médias classiques tels que la presse écrite, la radio ou la
télévision, nous allons continuer d’utiliser les réseaux sociaux pour
communiquer les résultats de la DGI.
Nous ambitionnons aussi d’offrir des canaux de
communication accessibles, comme les numéros d'assistance, les messageries
sécurisées et les foires aux questions sur le site web de la DGI pour faciliter
le dialogue et l'accès à l'information.
Quels défis anticipez-vous dans la mise en œuvre
de ces réformes et comment prévoyez-vous de les surmonter ?
Etant entendu que les principaux défis dans la
mise en œuvre des réformes fiscales initiées par la DGI concernent
l'élargissement de la base d'imposition, la complexité et l'instabilité du
système fiscal, l'économie informelle, l'évasion et la fraude fiscales, ainsi
que la numérisation. Ces réformes doivent également s'adapter à des défis
internationaux et à l'impact de la numérisation et de l'automatisation.
Aussi, pour surmonter ces défis, la DGI va simplifier le système fiscal gabonais et vulgariser l’utilisation des technologies numériques. Les mesures sont également prises pour renforcer les capacités de la DGI et garantir la stabilité de notre système fiscal pour attirer les investissements, et assurer une plus grande équité et neutralité fiscale. Le projet d’adoption d'un nouveau Code général des impôts participe à l’instauration de cette stabilité fiscale.
FIN
A propos de cet Article
Catégorie : ECONOMIE
En ligne depuis : 04/11/2025
Auteur : Gérauds Wilfried OBANGOME
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