Concession Grand Mayumba : l’urgence d’agir, Nicaise Moulombi

Concession Grand Mayumba : l’urgence d’agir, Nicaise Moulombi
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LIBREVILLE(Plusinfos)-Dans une Note de Position adressée au Gouvernement gabonais mercredi, Nicaise Moulombi, Président exécutif du Réseau des Organisations de la Société Civile pour l’Economie Verte en Afrique Centrale (ROSCEVAC), a exprimé son indignation face à ce qu'il qualifie d’«escroquerie à ciel ouvert », attribué au pouvoir déchu, en référence à la «Concession Grand Mayumba». Cette situation, selon l'ONG, serait orchestrée par l'African Conservation Development Group (ACDG), anciennement connu sous le nom de SFM Africa, et est qualifiée de "pieuvre aux multiples tentacules" qui s'étend sur divers aspects de la gestion forestière.

L’Urgence D’agir

En conséquence, le ROSCEVAC appelle à une « action urgente », soulignant l'importance d'une évaluation approfondie des échecs des concessions forestières, afin de protéger les ressources naturelles et de garantir une gestion durable de l'environnement au Gabon.

L'objectif initial des concessions forestières industrielles, telles que la Concession Grand Mayumba, était de garantir une gestion efficace des ressources naturelles, de générer des revenus fiscaux et de favoriser un développement durable. Cependant, rappelle le réseau, « cette efficacité est aujourd'hui remise en question de manière significative ».

Les préoccupations croissantes concernant l'impact environnemental de l'exploitation forestière, ainsi que les critiques sur la transparence et la responsabilité des pratiques de gestion, soulèvent des doutes quant à la capacité de ces concessions à atteindre leurs objectifs initiaux. Il devient donc impératif de réévaluer les stratégies mises en place pour s'assurer qu'elles répondent réellement aux enjeux contemporains de durabilité et de préservation des écosystèmes.

Comme exemple d’échec, le ROSCEVAC évoque le cas de l’ACDG qui, met en lumière les failles structurelles.

« Malgré la signature de baux emphytéotiques portant sur près de 731 000 hectares dans le sud du pays, les résultats escomptés en matière de développement durable, de tourisme, de création d’emplois et de retombées fiscales sont quasiment inexistants. La société, qui bénéficie de ces concessions depuis plus de 16 ans, n’a pas réussi à obtenir des financements sérieux et s’est finalement tournée vers des investisseurs étrangers aux pratiques corruptives avérées à tous les niveaux », indique le communiqué de pressé signé par Nicaise Moulombi, Président exécutif du Réseau.

Constats et Échecs Identifiés

En effet, malgré des engagements pris dès 2010 et un soutien indéfectible de l'État, aucune infrastructure touristique opérationnelle n'a été mise en place, ce qui soulève des questions sur l'efficacité des mesures adoptées. De plus, à ce jour, aucune certification carbone internationale n'a été obtenue, ce qui limite la crédibilité et l'impact environnemental des initiatives entreprises.

Conséquence, les retombées économiques pour les collectivités locales et l'État demeurent insignifiantes, ce qui remet en question la viabilité et la pertinence des projets initiés par l'ACDG.

En ce qui concerne les défaillances sociales et sécuritaires, il est évident qu'aucun mécanisme clair de partage des bénéfices n'a été instauré avec les communautés locales.

« Les récentes initiatives sociales, telles que la création d'aires de jeux et de chambres d’hôtes, semblent davantage être le fruit de l'engagement isolé que d'une stratégie de développement local cohérente », affirme le ROSCEVAC. De plus, plusieurs accidents mortels survenus dans les concessions, notamment entre Setté-Cama et Loango, soulignent des manquements graves en matière de sécurité, mettant en exergue l'absence de protocoles adéquats pour protéger les travailleurs et les riverains.

En ce qui concerne la transparence financière, les revenus générés par les taxes forestières, les droits d’usage et les redevances restent flous, ce qui appelle à la nécessité d'un audit pour clarifier les flux financiers. Pour le réseau, « Il est impératif d'éviter que ces concessions ne soient utilisées comme garanties pour des financements extérieurs sans un contrôle rigoureux de l'État ».

Par ailleurs, le ROSCEVAC met en lumière les réseaux d’influence et les pratiques non éthiques qui entourent le projet, soulignant que l'ACDG s'appuie sur des connexions non institutionnelles sans validation technique des engagements initiaux. De plus, « le trafic d’iboga et de divulgation de données scientifiques confidentielles, ainsi que des propos racistes tenus par le personnel à l'encontre des populations locales », suscitent de vives inquiétudes. La question de la propriété intellectuelle est également préoccupante, notamment en raison des recherches inappropriées et des photographies réalisées dans les forêts, parcs nationaux et aires protégées.

Conséquences Stratégiques

Les conséquences de cette situation sont d'une gravité stratégique, notamment la perte de souveraineté sur un territoire d'une valeur écologique, traditionnelle et sacrée indéniable. De plus, cette dynamique bloque les alternatives communautaires ou nationales pour la gestion des ressources naturelles, tout en mettant en péril la crédibilité internationale du Gabon en matière de durabilité, de conservation et de gouvernance foncière.

« Ces enjeux soulignent l'urgence d'une réévaluation des politiques actuelles et d'une prise de conscience collective sur l'importance de la gestion responsable des ressources », pense Nicaise Moulombi.

Recommandations

En réponse à ces défis, le ROSCEVAC recommande la résiliation des concessions non conformes et la mise en œuvre des clauses contractuelles de performance pour annuler les baux emphytéotiques inactifs ou défaillants, tout en respectant le cadre légal en vigueur. Il préconise également la réattribution des terres récupérées, en mettant l'accent sur la foresterie communautaire, la gestion participative des bassins versants, l’écotourisme durable et la conservation de la biodiversité, sous la direction nationale et avec l'implication systématique des populations locales dans les nouveaux modèles de gestion. Par ailleurs, le réseau appelle le gouvernement à réaliser un audit approfondi des performances environnementales, économiques et sociales de toutes les concessions forestières de plus de 100 000 hectares, à rendre publics les contrats et les résultats des audits, à réformer le système de taxation forestière pour garantir la traçabilité, et à identifier et responsabiliser les entités chargées de la collecte, de la répartition et du contrôle des flux financiers issus des concessions.

Alors que la cinquième province du Gabon se prépare à célébrer le 30 août, date d'anniversaire de la libération du Gabon, la Société civile, tout en rendant un hommage légitime au Président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, en reconnaissance des récents projets inaugurés qui visent à favoriser une réappropriation significative de l'économie nationale par les Gabonais, Nicaise Moulombi, le Président exécutif du Réseau des Organisations de la Société Civile pour l’Économie Verte en Afrique Centrale (ROSCEVAC), souligne avec gravité que « l'histoire retiendra devant Dieu et nos Ancêtres que deux fils de la Nyanga (Mayumba), anciens dirigeants brillants des Forêts pour le premier, le second spécialiste dans l’environnement actuellement collaborateur dans cette entreprise et les complices du Pouvoir déchus accompagne cette forfaiture »

Il est crucial d'agir rapidement pour réévaluer le modèle actuel des concessions industrielles, qui a clairement montré ses limites. La protection des intérêts nationaux doit devenir une priorité, tout comme le rétablissement de la souveraineté foncière, afin de garantir un développement qui soit à la fois inclusif et durable. Ce développement doit s'appuyer sur des principes fondamentaux tels que la conservation des ressources, la justice sociale et la transparence dans les processus décisionnels.

Pour atteindre ces objectifs, «une intervention résolue et immédiate du gouvernement,  du Parlement gabonais (le SENAT et l’Assemblée Nationale), le Conseil Economique, Social, Environnemental et Culturelle (CESET), est indispensable, car elle permettra de poser les bases d'un avenir plus équitable et respectueux des droits de tous les citoyens », a conclu Nicaise Moulombi.



A propos de cet Article

Catégorie : ENVIRONNEMENT

En ligne depuis : 20/08/2025

Auteur : Gérauds Wilfried OBANGOME

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